Qu’est-ce que l’entrepreneuriat responsable ? Pas la maximisation du rendement, mais la question de savoir ce qui est bon pour l’entreprise — aujourd’hui et demain. Dans le cadre de notre activité de conseil, nous constatons tous les jours que les propriétaires de PME assument leur responsabilité d’entrepreneur sans pour autant se mettre en avant. Voici mes réflexions sur les raisons pour lesquelles cette attitude est si importante .
On me demande souvent ce qui caractérise l’entrepreneuriat aujourd’hui. Nous avons récemment discuté de cette question en profondeur entre conseillers dans le cadre de deux groupes d’échange d’expériences. A cette occasion, une vieille citation attribuée à Winston Churchill m’est revenue en mémoire :
“Certains considèrent l’entrepreneur comme un loup galeux qu’il faut tuer ; d’autres pensent qu’il s’agit d’une vache qu’on peut traire sans interruption ; seuls quelques-uns voient en lui un cheval qui tire la charrette”.
Même si la citation semble un peu “vieillotte”, elle contient une part de vérité. Ce sont ces personnalités entrepreneuriales qui, seules ou en équipe, s’enthousiasment pour une idée, un modèle d’entreprise et se tournent ainsi vers une entreprise — ou même s’y consacrent. Ils “entreprennent” quelque chose avec engagement et y mettent leur énergie, leur cœur.
L’image selon laquelle l’entrepreneur est toujours en tête et tire la charrette tout seul n’est plus adéquate et contredit de nombreuses idées et recommandations concernant le style de leadership transformationnel. En d’autres termes, les dirigeants doivent donner un sens et une direction, inspirer les collaborateurs et encourager la responsabilité et le développement — au lieu de se contenter d’assigner des tâches et de contrôler.
C’est précisément à une époque où les entreprises doivent évoluer plus rapidement que le leadership transformationnel renforce la capacité d’adaptation d’une entreprise, sa force d’innovation et sa fidélisation. En effet, les personnes sont plus susceptibles de rester lorsqu’elles font l’expérience du sens, de la valorisation et du développement.
Pas de rendement, mais des responsabilités
S’engager en tant qu’entrepreneur, ce n’est pas simplement suivre le courant. Cela signifie également que vous ne vous fondrez pas dans la masse. Au contraire : on devient visible et on est donc rapidement observé. Cela peut être bienveillant et reconnaissant, mais aussi envieux.
L’entrepreneuriat responsable n’est pas
- L’optimisation de soi à tout prix,
- enrichissement à court terme,
- orientée vers la maximisation du rendement,
- et ne sont pas non plus marqués par une vision à court terme.
L’entrepreneuriat responsable comme attitude fondamentale
L’entrepreneuriat responsable implique que les entrepreneurs, seuls ou en équipe, se mettent au service de leur entreprise sur le long terme. Il s’agit essentiellement d’un rôle de gardien : les décisions sont prises de manière à ce que l’entreprise reste saine, compétitive et attractive demain, même au-delà de son propre temps, c’est-à-dire lorsqu’on ne sera plus soi-même dans le rôle de l’entrepreneur.
La manière dont les décisions sont prises, déduites et mises en œuvre reflète l’attitude fondamentale d’une entreprise responsable.
Ce que l’on appelle aujourd’hui “l’approche de l’intendance” est connu depuis des années dans le contexte des entreprises familiales — et pour de nombreuses PME et leurs entrepreneurs, ce n’est rien d’autre qu’une vertu naturelle, vécue au quotidien.
L’entrepreneuriat responsable est une attitude fondamentale. Elle a une influence déterminante sur la culture vécue dans l’entreprise, sur l’orientation stratégique et sur la structure de l’organisation de l’entreprise. Il s’agit moins de structures juridiques que de la manière dont les décisions sont prises et mises en œuvre.
Une expérience de terrain : responsabilité et changement de génération
C’est cette expérience que je souhaite partager ici : Dans le cadre d’une soirée, j’ai eu l’occasion de rencontrer un jeune entrepreneur qui avait créé avec succès une start-up axée sur la technologie et qui avait vendu ses parts à un investisseur pour ensuite rejoindre l’entreprise de ses parents. De manière quelque peu provocatrice, je lui ai posé la question suivante : “Comment peut-on concilier la vente d’une start-up et la réalisation d’un bon chiffre d’affaires avec l’entrée dans l’entreprise familiale de la 3e ou 4e génération ?”
Je l’avoue : mon hypothèse de travail était que de nombreux entrepreneurs de start-up créent une entreprise avec pour objectif principal de réaliser à la fin la grosse affaire dans le cadre de la sortie — en Suisse, elle est même exonérée d’impôts. Sa réponse m’a vraiment plu : “Nous avons délibérément choisi de vendre à un partenaire stratégique ( !), car le nouveau partenaire peut faire passer l’entreprise dans la ligue supérieure. Nous n’aurions pas pu le faire par nos propres moyens”.
Cette introspection m’a beaucoup interpellé, car il s’agissait d’un véritable steward en responsabilité, qui aura certainement une influence constructive sur l’entreprise familiale à l’avenir.
Comment reconnaître un entrepreneuriat responsable
Pour moi, l’entrepreneuriat responsable signifie personnellement
- Je place la question au centre : “Qu’est-ce qui est bon pour l’entreprise ?” — et non pas : qu’est-ce qui est bon pour moi en tant que propriétaire.
- Si l’entreprise ne va pas bien, je fais passer mes propres besoins au second plan.
- J’assume la responsabilité (également avec l’équipe) de faire en sorte que l’entreprise se porte bien.
- Je (ré)investis régulièrement dans l’entreprise.
- J’ai le droit de participer au succès si je m’engage de manière appropriée et que cet engagement a un impact — mais je ne passe pas en premier.
Grâce à notre travail avec de très nombreuses PME en Suisse, nous constatons régulièrement que :
- les entrepreneurs réduisent leur propre salaire ou renoncent aux dividendes si l’entreprise ne se porte pas bien financièrement.
- les bons employés ne soient pas simplement licenciés en cas de difficultés financières.
- ne pas licencier purement et simplement les employés de longue date qui ne répondent plus aux exigences avant leur départ à la retraite.
- l’argent privé est mis à la disposition de l’entreprise sous forme de capital-risque et/ou de dette. Il en résulte que le patrimoine privé est loin d’être diversifié (ce que les conseillers en investissement recommanderaient en premier lieu).
Nous observons ces quatre modèles de comportement de manière récurrente et très fréquente. Pour moi, c’est exactement ce qui correspond à l’esprit d’entreprise responsable.
Trois souhaits pour la société et la politique
Mes trois souhaits sont donc les suivants
- Plaçons la responsabilité et l’autonomie au cœur de nos actions.
- Apprécions le fait que, dans le monde d’aujourd’hui, des individus et des familles s’investissent ainsi au quotidien, créant et maintenant des emplois.
- Assurons-nous que les conditions nécessaires à cet effet soient maintenues.
Comment la responsabilité se manifeste-t-elle dans votre entreprise — très concrètement ?
Ceux qui s’engagent avec passion dans l’entrepreneuriat, qui créent et maintiennent des emplois, ne devraient être considérés ni comme des loups galeux ni comme des vaches à traire, mais devraient être reconnus pour leur prise de responsabilité et leur service à une cause qui profite aux autres.
Question pour conclure : Comment la responsabilité se manifeste-t-elle dans votre entreprise — très concrètement, dans vos décisions d’aujourd’hui pour demain ?
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